Un événement appartient au passé. Pourtant, certaines de ses conséquences peuvent continuer à se manifester bien plus tard. Le corps, les émotions ou les relations semblent alors réagir comme si quelque chose devait encore être évité, contrôlé ou anticipé.
Le traumatisme et le trauma
Le traumatisme désigne une expérience ou un ensemble d'expériences qui dépassent, à un moment donné, les capacités d'une personne à y faire face. Le trauma correspond à la trace laissée par ce qui a été vécu.
Cette trace ne dépend pas seulement de la gravité apparente de l'événement. Elle dépend également de l'âge auquel il survient, de sa durée, de sa répétition, du sentiment d'impuissance, de la possibilité de comprendre ce qui arrive et, surtout, de la présence ou de l'absence de soutien.
Deux personnes exposées à une situation comparable peuvent donc en garder des effets très différents. Le trauma ne constitue ni une faiblesse ni un manque de volonté : il témoigne de la manière dont un organisme s'est adapté à ce qu'il ne pouvait ni éviter ni transformer à ce moment-là.
UN AUTRE REGARDLa question n'est pas seulement : « Pourquoi est-ce que je réagis ainsi ? »
Elle peut devenir : « Qu'est-ce que cette réaction a essayé de préserver, et de quoi aurait-elle besoin aujourd'hui pour ne plus avoir à intervenir avec la même intensité ? »
Plusieurs formes de trauma
Un trauma simple
Il peut être lié à un événement précis : accident, agression, deuil brutal, intervention médicale éprouvante ou autre situation ayant provoqué un fort sentiment d'impuissance.
Un trauma complexe
Il se construit plutôt dans la répétition, la durée ou l'accumulation : violences, négligence, humiliations, climat imprévisible, insécurité durable ou succession d'expériences difficiles.
Un trauma de l'attachement
Il peut apparaître lorsque les personnes dont vous dépendiez pour être protégé étaient aussi, par moments, absentes, imprévisibles, intrusives ou insécurisantes.
Le besoin de lien et le besoin de protection peuvent alors devenir contradictoires.
Un trauma développemental
Lorsqu'il survient tôt dans la vie, il peut influencer la régulation des émotions, la perception du corps, l'image de soi et la manière d'entrer en relation.
Le cerveau ne mémorise pas seulement des faits
Certains souvenirs peuvent être racontés comme une histoire située dans le passé. D'autres expériences sont enregistrées d'une manière plus fragmentée : sous la forme de sensations corporelles, d'émotions, d'images, de réactions automatiques ou de convictions immédiates.
Une personne peut alors savoir que l'événement est terminé tout en éprouvant, dans certaines situations, une peur, une détresse ou une impuissance qui semblent appartenir au présent.
Ce n'est pas nécessairement le souvenir lui-même qui revient. C'est parfois l'état intérieur associé à ce souvenir qui se réactive.
Le présent peut ressembler au passé sans lui être identique
Une intonation, un silence, un conflit, une distance relationnelle, une sensation physique ou l'impression de perdre le contrôle peuvent suffire à réveiller une ancienne réponse.
Le cerveau fonctionne en grande partie par anticipation : il compare ce qui se produit maintenant à ce qu'il connaît déjà afin de préparer une réponse rapide. Lorsque certains éléments du présent ressemblent à une expérience passée, il peut déclencher une réaction avant même que la pensée ait eu le temps d'évaluer la situation.
Le déclencheur n'est donc pas toujours évident. Il peut paraître insignifiant à l'observateur tout en prenant, pour la personne, une intensité considérable.
Il peut manquer une sensation intérieure de « maintenant »
Après certaines expériences, la difficulté ne réside pas seulement dans le fait de se souvenir. Elle tient à la difficulté de sentir profondément que l'on se trouve aujourd'hui dans une autre situation, avec d'autres possibilités, d'autres ressources et une plus grande capacité d'action.
L'une des dimensions du travail thérapeutique consiste alors à restaurer cette différenciation entre autrefois et maintenant. Le passé ne disparaît pas, mais il cesse progressivement d'envahir le présent de la même manière.
Vous n'avez pas besoin d'un souvenir précis
Toutes les expériences précoces ne sont pas accessibles sous la forme d'un récit. Les premières années de vie, les situations répétées et certains états de sidération peuvent laisser des empreintes sans produire de souvenirs clairement organisés.
L'absence de souvenir précis n'invalide donc pas ce que vous ressentez. Inversement, une sensation ou une image ne constitue pas à elle seule la preuve qu'un événement déterminé a eu lieu. Le travail thérapeutique ne vise pas à fabriquer une explication, mais à accueillir ce qui se manifeste avec prudence et discernement.
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